Le titre Paris, Texas fait référence à une petite ville réelle située au nord-est du Texas, près de la frontière avec l’Oklahoma. Wim Wenders a été intrigué par ce nom, qui juxtapose deux lieux si différents : Paris, symbole romantique et culturel européen, et Texas, évocation des grands espaces américains et de l’isolement. La ville n’apparaît cependant jamais dans le film, mais elle symbolise les rêves inaboutis de Travis.
Wim Wenders a collaboré avec le dramaturge et écrivain américain Sam Shepard pour écrire le scénario. Fasciné par les thèmes de l’Amérique rurale et de l’errance, Shepard a travaillé étroitement avec Wenders pour capturer l’essence du récit. Cependant, il n’a pas terminé le scénario, et c’est L.M. Kit Carson qui a pris la relève pour écrire les dialogues, tout en respectant l’esprit de l’histoire.
Harry Dean Stanton, avant Paris, Texas, était souvent cantonné à des rôles secondaires. Ce film marque son premier rôle principal à 58 ans. Son interprétation de Travis, tout en subtilité et retenue, est devenue l’un des rôles les plus emblématiques de sa carrière. Stanton a avoué plus tard qu’il avait initialement des doutes sur sa capacité à porter un film en tant que protagoniste.
Nastassja Kinski, qui joue Jane, l’ex-femme de Travis, apparaît tardivement dans le film, mais son rôle est crucial. La scène du peep-show, où Travis et Jane se retrouvent pour la première fois, est l’un des moments les plus émouvants et célèbres du cinéma. Kinski, âgée de seulement 23 ans à l’époque du tournage, a travaillé étroitement avec Wenders pour saisir la fragilité et la douleur de son personnage. Cette scène a été tournée en plusieurs jours, car Wenders voulait capter chaque nuance de l’interaction entre les personnages.
La photographie du film, signée par Robby Müller, est souvent citée comme l’un des points forts du film. Müller a capturé les vastes paysages du désert texan avec une lumière naturelle, renforçant le sentiment de solitude et d’errance. Les teintes chaudes et poussiéreuses sont devenues une signature visuelle du film.
La musique de Ry Cooder, notamment sa célèbre guitare slide, joue un rôle essentiel dans l’atmosphère du film. Inspirée par les sons traditionnels américains et mexicains, elle accompagne parfaitement les paysages arides et les émotions silencieuses des personnages. Cooder s’est inspiré de morceaux traditionnels comme Dark Was the Night, Cold Was the Ground de Blind Willie Johnson pour créer une ambiance mélancolique et introspective.
Paris, Texas a remporté la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1984. Wim Wenders, qui avait déjà été récompensé pour L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty et L’État des choses, a consolidé son statut de réalisateur de renommée internationale grâce à ce film. Le jury, présidé par Dirk Bogarde, a salué la puissance émotionnelle du film et sa mise en scène magistrale.
Le tournage dans le désert texan a été éprouvant pour l’équipe. Les températures extrêmes et les longues journées ont mis les nerfs des acteurs et de l’équipe technique à rude épreuve. Harry Dean Stanton a confié que les scènes où il devait marcher seul dans le désert étaient physiquement et mentalement épuisantes, mais elles ont également contribué à renforcer son identification avec Travis.
Le film a influencé de nombreux réalisateurs et musiciens. Des artistes comme U2, Coldplay et Radiohead ont mentionné Paris, Texas ou la musique de Ry Cooder comme source d’inspiration. La relation entre Travis et Jane a également été reprise et explorée dans d’autres œuvres cinématographiques et télévisées.
La conclusion du film, où Travis décide de quitter Jane et leur fils pour leur permettre de reconstruire leur vie sans lui, a suscité des débats parmi les spectateurs. Wim Wenders a volontairement laissé une part d’ambiguïté, estimant que la quête de rédemption de Travis ne pouvait être totalement achevée.